dimanche 15 octobre 2017

Conférences de Christian Ingrao- Mardi 17 octobre.

Christian Ingrao donnera deux conférences ce mardi 17 octobre 2017.
L'une au lycée François Villon à Beaugency à 10H15 à  destination des classes de première et de terminales, l'autre au CERCIL à 18H.
Christain Ingrao présentera son livre "La promesse de l'est: espérance nazie et génocide (1942-1944).", publié au Seuil.





vendredi 9 juin 2017

La mémoire de deux fillettes dans le chaos de la déportation.

Lorsque nous sommes arrivées au Cercil, la première chose qui nous a frappées est la photo d’Aline Korenbajzer au milieu de la cour, devant le fragment de baraque. Plus tard au cours de la visite, nous avons appris qu’elle est devenue l’emblème du Cercil, ou plus exactement le visage qui représente les 4400 enfants victimes internés dans les camps du Loiret (Jargeau, Pithiviers et Beaune-la-Rolande). Nous allons vous raconter son histoire.
Aline Korenbajzer, âgée de 2 ans.
Photographie conservée  Cercil. 
Abraham Korenbajzer, le père d’Aline, s’est fait arrêter le 14 mai 1941 dans la rafle dite du Billet Vert. Il s’est fait interner au camp de Pithiviers, où il a travaillé dans une ferme et dans une sucrerie, ce qui lui a permis de s’échapper le 31 mars 1942. La guide nous a raconté qu’Abraham, après son évasion, était rentré retrouver sa femme et sa fille Aline pour leur demander de partir se cacher avec lui. Sa femme a refusé, en lui disant qu’il serait plus discret s’il partait seul, et qu’elles ne craignaient rien car en France les femmes et les enfants n’étaient pas en danger. Abraham a fini par partir seul, mais le 17 juillet 1942, sa femme et sa fille ont été prises dans la rafle du Vel D’hiv.
Elles se sont faites interner au camp de Beaune-la-Rolande, jusqu’au 25 août 1942, jour où elles ont été transférées au camp de Drancy. La guide nous a parlé des conditions de vie très compliquées qu’il y avait dans ces camps : pas d’hygiène, ni de confort… elles devaient vivre dans des conditions horribles, alors qu’Aline n’avait que deux ans. Trois jours après elles ont été déportées de Drancy pour Auschwitz, où elles sont arrivées le 31 août 1942. Elles ont directement été envoyées vers Auschwitz Birkenau, où elles ont été assassinées, le jour même, qui était aussi le jour du troisième anniversaire d’Aline. Cette histoire nous a bouleversées et particulièrement touchées car Aline et sa mère furent condamnées à mort sans aucune raison valable, tout comme des milliers d’autres Juifs. Cela dépasse l’entendement. Leur histoire est donc représentative de l’injuste enfer que beaucoup de personnes juives ont vécu pendant cette sombre période. Le visage d’Aline Korenbajzer qui incarne l’innocence a été choisi pour devenir le symbole du Cercil.
     Lors de l’atelier sur la mémoire de la Shoah, notre guide nous a présenté un extrait du témoignage de
Rachel Jedinak en 1941 (à gauche) et en 2015 (à droite).
source: article de La Nouvelle République, 22 nov.2012
Rachel Jedinak, une femme juive qui a été prise lors de la rafle du Vel d’Hiv alors qu’elle n’avait que huit ans. En effet, elle fut prise avec sa mère et sa sœur à leur domicile le 16 juillet 1942, et ont été emmenées dans un lieu de détention. Elles auraient ensuite dû être emmenées au Vélodrome d’Hiver, mais leur mère a remarqué que des policiers faisaient semblant de ne pas voir les enfants qui s’échappaient par la sortie de secours. Elle leur a alors demandé de partir par cette sortie, mais les deux fillettes qui ne comprenaient pas, refusaient de lâcher leur mère. Elle les a alors giflées pour qu’elles s’en aillent. Dans une interview datée de 2015, Rachel disait d’ailleurs que c’était la seule gifle que sa mère ne lui ait jamais donnée. Les deux fillettes se sont retrouvées dans la rue. Sa mère fut déportée et assassinée à Auschwitz, tout comme son père.
 Après la guerre, il était difficile pour les juifs de parler et de raconter ce qui leur était arrivé : les gens préféraient parler de la France résistante. Rachel Jedinak s’est mariée par la suite avec un homme dont les parents et les sœurs avaient aussi été déportés et assassinés, et raconte qu’un jour, sa fille leur avait dit qu’ils étaient méchants car elle n’avait pas de grand-parents, contrairement à ses camarades de classe. Rachel Jedinak a alors expliqué touche par touche l’histoire de sa famille à sa fille, qui a été traumatisée. Elle ne trouva donc pas la force d’en parler. Ce n’est que grâce à ses petits-fils qui l’ont poussée à sortir de son silence, qu’elle s’est enfin exprimée sur son tragique vécu. Elle est aujourd’hui un témoin très important de l’histoire de la Shoah.
Cette visite du Cercil et cet atelier sur la mémoire de la Shoah nous ont permis de mieux comprendre l’enfer qu’ont vécu les juifs déportés, et également de comprendre à quel point en parler et s’en souvenir est important.

 PIQUENET Noémie et  HATTON Camille, élèves de 1S2, lycée François Villon à Beaugency.




vendredi 5 mai 2017

Deux conférences autour de la mémorialisation.

Le CERCIL organise en mai deux conférences autour de la question des lieux de mémoire.

 Les lieux mémoriaux peuvent-ils raconter l’indicible ?
Jeudi 18 mai 2017 à 18h
à Orléans - Cercil-Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv
 L’exemple du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe de Berlin par Laurent Aucher, maître de conférences en sociologie à l’Université d’Orléans, chercheur au CEDETE (Université d’Orléans), membre du LCSP (Université Paris Diderot).
"Si, à l’instar de la madeleine de Proust, les « lieux de mémoire » jouent un rôle essentiel dans le maintien et le rappel des souvenirs individuels, ils sont aussi porteurs d’autres enjeux, notamment sociaux.
S’appuyant sur une enquête par observations des pratiques de visite réalisée à Berlin en juillet 2014 au Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe (Denkmal für die ermordeten Juden Europas) de Peter Eisenman, le sociologue montre que cet espace mémorialisé n’est pas neutre. Plus encore, il est celui duquel sourdent des comportements paradoxaux : alors même qu’il est conçu pour un usage mémoriel, le dispositif architectural d’Eisenman favorise des attitudes liées à la société de consommation et de loisirs."

Le fond de Moscou des archives nationales, une fin de guerre froide ou un nouveau « lieu de mémoire » ?
Vendredi 9 juin 2017 à 18h
à Orléans aux Archives départementales du Loiret
par Sylvie Le Clech, conservatrice générale du patrimoine, directrice régionale des affaires culturelles de la région Centre-Val de Loire. Conférence organisée avec les Archives départementales du Loiret.
« L’appellation “fonds de Moscou” désigne un important ensemble de fonds d’archives, d’origine privée ou publique, saisies par les forces d’occupation allemandes lors de leur arrivée à Paris en 1940. Transférées dans les territoires du Reich afin d’y être exploitées, ces archives passèrent aux mains de l’Armée Rouge après la capitulation du régime nazi. Elles ont été conservées pendant plus de 50 ans aux Archives spéciales centrales d’État de l’URSS à Moscou. La chute du bloc soviétique permit leur restitution à la France entre 1994 et 2001. »
Ce fonds, constitué à 95% d’archives de la direction de la Sûreté générale du ministère de l’Intérieur (aujourd’hui direction centrale de la Police nationale) est conservé aux Archives nationales.

jeudi 20 avril 2017

Sur les traces de la mémorialisation des lieux liés à la Shoah : de Pithiviers à Treblinka


Accès à l'article dans sa version intégrale.

Dans le cadre du programme d’histoire de terminale, une classe de T ES du lycée Duhamel du Monceau de Pithiviers a réalisé un voyage en Allemagne et en Pologne du 1ier au 9 avril 2017. Ce voyage, qui s’est fait avec des élèves de 3 lycées du Land de Saxe-Anhalt, avait pour objectifs d’interroger tous ces lycéens sur la mémoire de la Shoah à l’échelle européenne, par la découverte de différents lieux, mémoriaux, monuments, liés à la Shoah.
Aile de l’hôpital psychiatrique de Bernburg
devant laquelle se trouve la stèle commémorative 
La première étape dans ce voyage a été la visite du mémorial de l’action T 4 à Bernburg ; invisible depuis la rue, le mémorial correspond aux locaux où ont été assassinés les handicapés. Ceux-ci n’ont quasiment pas changé depuis la guerre, la direction de l’hôpital psychiatrique dans lequels ils se trouvent les ayant simplement condamnés en 1942. Les élèves ont pu voir la chambre à gaz, la salle de dissection et l’emplacement des 2 fours crématoires.  A l’extérieur du bâtiment, une stèle rappelle ce qui s’est déroulé dans ces locaux.

 Monument commémoratif  aux victimes de l'action T 4
devant le bâtiment de la philharmonie de Berlin
A Berlin se trouve le monument commémoratif aux victimes de l’Action T4. Il se trouve devant la Philharmonie de Berlin à l’adresse Tiergartenstrasse 4.  Ce monument actuel date de 2014. Il est composé d’un vitrail transparent, bleu et lumineux, chargé de démontrer aux visiteurs d'une manière abstraite mais en même temps évocatrice, combien il est facile de séparer et de mettre à l'écart son prochain, tout comme la dictature nazie a su le faire pour ces vies "sans valeur". Selon l'architecte du projet, ce vitrail bleu symbolise aussi le ciel et réincarne les victimes de ces actes d'extermination.

 Fondations de l'ancien quartier général de la sécurité du Reich
devant l'actuel musée Topographie de la terreur à Berlin.
A Berlin, les élèves ont pu découvrir le mémorial-musée Topographie de la Terreur, situé à l’emplacement du quartier général des forces de sécurité et de répression sous le IIIe Reich. Le bâtiment actuel date de 2010, au centre d’une scénographie qui rappelle les différentes mémoires du lieu : les fondations du quartier général des forces de sécurité du IIIième Reich, une portion conservée du Mur de Berlin et les bâtiments de l’ancien ministère de l’air sous le nazisme. A l’intérieur, l’exposition permanente en anglais et allemand explique l’histoire de  la planification et de la réalisation des actions meurtrières de la Gestapo, de la SS et de toutes les forces de sécurité du Reich. Elle revient ainsi sur l’Action T4

A Varsovie, la mémoire du ghetto et de son insurrection perdure, dans un tissu urbain qui a été complètement bouleversé depuis la guerre et qui connait actuellement d’importantes transformations
Les traces du ghetto sont très peu visibles aujourd’hui. Les portions restantes du mur du ghetto se trouvent aujourd’hui dans des cours d’immeubles, dans des passages qui relient les différentes rues.
Les élèves ont pu aussi découvrir la mémoire de l’insurrection du ghetto :
le monument au soulèvement du ghetto sculpté par Natan Rappaport et dévoilé 5 ans après l’insurrection.
La place Willy Brandt, dans lequel se trouve le monument au soulèvement. Sur le côté a été érigée une statue en mémoire de Jan Karski.
Depuis la place, le groupe a emprunté un chemin de la mémoire conçu pour emmener le visiteur jusqu’à l’emplacement de l’Umschalgplatz, là où les Juifs du ghetto raflés étaient embarqués dans des wagons à destination de Treblinka. Le parcours permet de passer devant le tumulus en mémoire de Mordechaj Anielewicz et des combattants de  l’insurrection

Monument au centre du mémorial de Treblinka situé à proximité
de l'emplacement des chambres à gaz. 
La dernière étape sur les traces de la Shoah a emmené le groupe jusqu’au site de Treblinka. Isolé dans une région marécageuse, le site, sur lequel il ne reste, rien incite à la réflexion. La mise en mémoire du centre de mise à mort date des années 1950, à l’échelle du centre de mise à mort  : 17 000 rochers figurant un vaste cimetière. 22 000 m² de terrain ont été recouvert de béton, recouvrant les cendres des déportés.
A proximité du monument central qui peut être considéré comme une sépulture symbolique se trouve une cavité rectangulaire dans laquelle ont été placés des morceaux de basalte fondus et caillots irréguliers. Il s’agit de rappeler les lieux d’incinération des corps.

Hervé Debacker.
Vous pouvez contacter M Debacker si vous souhaitez obtenir des précisions ou d'autres photos des lieux évoqués dans cet article: Herve.Debacker@ac-orleans-tours.fr

jeudi 16 mars 2017

EXPO: "Immigration et intégration des juifs en France de 1880 à 1948".

Le CERCIL propose une exposition consacrée à l'immigration et à l'intégration des juifs en France de 1880 à 1948, réalisée par l'association Mémoire juive de Paris.
 A voir du 21 mars au 21 mai prochains. (entrée libre et gratuite)
L'exposition sera inaugurée le mardi 21 mars à 18H et sera suivie d'une conférence donnée par Laura Hobson Faure, maître de conférence en études américaines à la Sorbonne.